Commémoration du 1er mars 1919

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Même après 96 ans, le 1er mars 1919 reste une journée d’intense émotion gravée pour toujours dans le cœur de tous les coréens.

Ce jour-là, dans un salon à Tai dong Kwan choisi délibérément pour éviter une possible fusillade si la réunion avait lieu sur la place publique, 33 représentants du peuple procédèrent à la lecture de la déclaration d’indépendance de la Corée. Celle-ci annule l’annexion par le japon en 1905, obtenue par l’emploi de la force. Le manuscrit, rédigé par M. Shon Byoung Hi, a été revu et corrigé par les 33 participants. Il sera ensuite édité et imprimé en 350 0000 exemplaires par M. Yi Jong Il, directeur de l’édition Bosung Sa, l’édition la plus importante de l’époque. Malgré les grands cris "Mansé Mansé" lorsqu’ils sortirent rejoindre la foule, la volonté des organisateurs visant à s’abstenir de toute violence physique lors de cette manifestation pacifique allait être contrecarrée. En une seule journée, la police japonaise tua 7505 manifestants, en blessa 15961, en emprisonna 46948 et brûla 751 maisons.

Depuis l’annexion en 1905, les attitudes et les opinions divergent parmi les coréens. Certains sont résignés à collaborer avec l’occupant et obtiennent ce faisant des postes de fonctionnaires ou d’officiers dans l’armée impériale. D’autres ont abandonné tout espoir de récupérer l’indépendance, jugeant qu’il vaut mieux se plier aux occupants pour la survie de leur personne ; d’autres encore, « idiots » au cœur pur, partent vers le continent en pleurant, chantant Arirang pour rejoindre la Résistance en traversant les montagnes et les deux rivières de Yalu et Aprok. Beaucoup parmi ces derniers sont morts d’épuisement avant de rejoindre le groupe d’indépendance. D’autres ont été tués en recevant des balles dans le dos à Manchourie par des agents composés par leurs propres compatriotes enrôlés dans les forces de l’empereur japonais, très supérieures en hommes et en armes. Les temps étaient troubles pour organiser un soulèvement populaire. Cela prit beaucoup de temps mais ils trouvèrent de l’aide, et ce surtout dans les églises Chun Do Kyo et dans les temples bouddhistes et protestants. Ces 33 représentants du peuple étaient des hommes de grande conscience politique : savants religieux, moines intellectuels de l’époque… Ils s’attelaient à la tâche au risque de leur vie pour retrouver l’indépendance. Le 1er mars était le jour du roi Gojong. C’est pourquoi autant de monde pouvait se préparer pour les sorties.

La plus célèbre compatriote de cette journée est Mlle Yu Kwan Soon, qui n’avait alors que 18 ans. Elle est le symbole du mouvement du 1er mars, une Jeanne d’Arc de Corée dont le courage a entrainé tout un peuple à se soulever.

Malgré 1 542 sorties des groupes dans la rue avec 2 050 000 participants, malgré cette participation massive, le mouvement du 1er mars n’avait pas apporté au peuple les réponses qu’il attendait. L’indépendance était encore loin, le peuple n’avait plus le droit de parler coréen, les enfants dans les écoles recevaient des gifles s’ils s’avisaient d’utiliser cette langue avec leurs camarades, il fallait changer son nom en japonais.

En 1922, M. Yi Jong Il allait tenter de préparer un deuxième soulèvement, en imprimant encore à ses frais 250 000 exemplaires de la déclaration. Hélas, trahi juste avant cette date, il fut emprisonné à Seu Dae Moon, prison dans laquelle il a commencé une grève de la faim. Disant sa mission terminée et croyant plus que jamais à l’indépendance de la Corée, il a laissé cette phrase : « Ne restez pas enfermés dans les vieux systèmes du passé, à tout moment il faut actualiser les règles, la loi, pour le bien-être du peuple. »

Extrait du mss. La Corée racontée à Juliette et à Paul.